Anna Gavalda
35 kilos d’espoir
« Ces quatre gros billets me donnaient le tournis, et quand nous avons fermé la maison le 31 juillet au soir pour partir en vacances, j’ai passé plus d’une heure à chercher une planque assez sûre. J’étais comme ma mère qui tournait en rond avec les chandeliers en argent de sa grand-tante entre les mains. Je crois que nous étions un peu ridicules tous les deux . »
« Je… Oh non, Grégoire, ne fais pas cette tête-là. Non, mon grand, je ne voulais pas te faire de peine, je voulais juste que tu… Oh et puis merde ! Je ne peux même plus te prendre sur mes genoux ! Tu es trop grand maintenant. Attends, écarte un peu les bras là, c’est moi qui vais venir sur les tiens…Non, ne pleure pas. Ce serait trop triste…
- C’est pas du chagrin, grand-Léon, c’est juste de l’eau qui déborde … »
« Quand je suis rentré chez moi, mes parents feuilletaient des prospectus et tapotaient sur une machine à calculer . Si la vie était comme dans une bulle de bande dessinée, j’aurais vu de la fumée noire au-dessus de leurs têtes. »
« Monsieur le directeur de l’école de Grandchamps,
Je voudrais être admis dans votre établissement, mais je sais que c’est impossible parce que mon dossier scolaire est trop mauvais.
J’ai vu sur la publicité de votre école que vous aviez des ateliers de mécanique, de menuiserie, des salles d’informatique, une serre et tout ça.
Je pense qu’il n’y a pas que les notes dans la vie. Je pense qu’il y a aussi la motivation.
Je voudrais venir à Grandchamps parce que c’est là que je serais le plus heureux, je pense.
Je ne suis pas très gros, je pèse 35 kilos d’espoir.
Au revoir,
Grégoire Dubosc »
« Je l’aimais »
« Je me suis assise et j’ai pris ma tête entre mes mains.
Je rêvais de pouvoir la dévisser, de la poser par terre devant moi et de shooter dedans pour l’envoyer valdinguer le plus loin possible.
Tellement loin qu’on ne la retrouverait plus jamais.
Mais je ne sais même pas shooter.
Je taperais à côté, c’est sûr. »
« Nous avons bu nos cafés en commentant le mauvais goût de la décoration et les moustaches du patron.
« Deux vieux amis tout couverts de cicatrices.
« Nous venions de soulever une grosse pierre et de la laisser tomber aussitôt.
« C’était trop affreux ce qui grouillait là-dessous. »
« Je vis si loin…si loin et si étrangement…je ne sais rien faire comme les autres. Je n’ai pas de maison, pas de meubles, pas de chat, pas de livre de cuisine et pas de projets. Je croyais que c’était moi la plus maligne, que j’avais compris la vie mieux que les autres, et je me congratulais parce que je n’étais pas tombée dans le piège. Et puis vous voilà, et je me sens complètement perdue.
« Maintenant j’aimerais bien m’arrêter de courir un peu parce que je trouve que la vie est belle avec vous. Je vous avais dit que j’essaierais de vivre sans vous…J’essaie, j’essaie, mais je ne suis pas très vaillante, je pense à vous tout le temps. Alors je vous le demande maintenant et pour la dernière fois peut-être, qu’avez-vous l’intention de faire de moi ? »
« Tu devrais réfléchir à ce que je viens de dire, ce n’est pas bête du tout. Les gens qui sont rigides à l’intérieur rebondissent sur la vie en se faisant tout le temps mal, alors que les gens qui sont mous…non, pas mous, mais souples plutôt, oui c’est ça, souples à l’intérieur, eh bien, quand ils prennent des chocs, ils souffrent moins. »
« En plus c’était très romantique… Je descendais de l’avion le cœur battant, je me présentais à l’hôtel en espérant que ma clé n’y serait plus, je posais mes bagages dans des chambres inconnues en furetant partout pour savoir si elle était déjà passée, je repartais travailler, je rentrais le soir en suppliant le ciel pour qu’elle soit dans mon lit. Quelquefois elle y était, quelquefois non. Elle me rejoignait au milieu de la nuit et nous nous perdions l’un dans l’autre sans avoir échangé une seule parole. »
« - Vous l’aimiez ?
- Oui
-Vous l’aimiez comment ?
- Je l’aimais
- Et vous gardez quel souvenir de ses années là ?
- Une vie en pointillé… Rien. Quelque chose. Puis rien de nouveau. Puis quelque chose. Puis rien encore… Du coup, c’est passé très vite… Quand j’y pense, j’ai l’impression que cette histoire n’a duré qu’une saison… Même pas une saison, un souffle. Une espèce de mirage… »
« La vie, même quand tu la nies, même quand tu la négliges, même quand tu refuses de l’admettre, est plus forte que toi. Plus forte que tout. Des gens sont revenus des camps et ont refait des enfants. Des hommes et des femmes qu’on a torturés, qui ont vu mourir leurs proches et brûler leur maison ont recommencé à courir après l’autobus, à commenter la météo et à marier leurs filles. C’est incroyable mais c’est comme ça. La Vie est plus forte que tout. Et puis qui sommes-nous pour nous accorder tant d’importance ? Nous nous agitons, nous parlons fort et alors ? Et pourquoi ? Et puis quoi, après ? »
« On biaise, on s’arrange, on a notre petite lâcheté dans les pattes comme un animal familier. On la caresse, on la dresse, on s’y attache. C’est la vie. Il y a les courageux et puis ceux qui s’accommodent. C’est tellement moins fatiguant de s’accomoder… »
L’échappée belle
« Ce jour-là, lola est tombée de son piédestal.
Ce qui s’avéra être une bonne chose : désormais nous étions à la même hauteur.
Aujourd’hui elle est ma meilleure amie et, si un jour je tue quelqu’un, elle m’aidera à enterrer les morceaux avant de me faire la morale.
Que cette jeune femme de trente-deux ans soit ma sœur aînée est tout à fait anecdotique. Disons que c’est un petit plus dans la mesure où nous n’avons pas perdu de temps à nous trouver. »
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