Amelie Nothomb


Métaphysique des tubes


« La mort, j’avais éxaminé la question de près : la mort, c’était le plafond. Quand on connaît le plafond mieux que soi-même, cela s’appelle la mort. Le plafond est ce qui empêche les yeux de monter et la pensée de s’élever. Qui dit plafond dit caveau : le plafond est le couvercle du cerveau. Quand vient la mort, un couvercle géant se pose sur votre casserole crânienne. (...)
Quand le métro sort de terre, quand les rideaux noirs s’ouvrent, quand l’asphyxie est finie, quand les seuls yeux nécessaires nous regardent à nouveau, c’est le couvercle de la mort qui se soulève, c’est notre caveau crânien qui devient un cerveau a ciel ouvert. »

Anna Gavalda


35 kilos d’espoir


« Ces quatre gros billets me donnaient le tournis, et quand nous avons fermé la maison le 31 juillet au soir pour partir en vacances, j’ai passé plus d’une heure à chercher une planque assez sûre. J’étais comme ma mère qui tournait en rond avec les chandeliers en argent de sa grand-tante entre les mains. Je crois que nous étions un peu ridicules tous les deux . »

« Je… Oh non, Grégoire, ne fais pas cette tête-là. Non, mon grand, je ne voulais pas te faire de peine, je voulais juste que tu… Oh et puis merde ! Je ne peux même plus te prendre sur mes genoux ! Tu es trop grand maintenant. Attends, écarte un peu les bras là, c’est moi qui vais venir sur les tiens…Non, ne pleure pas. Ce serait trop triste…
- C’est pas du chagrin, grand-Léon, c’est juste de l’eau qui déborde … »

« Quand je suis rentré chez moi, mes parents feuilletaient des prospectus et tapotaient sur une machine à calculer . Si la vie était comme dans une bulle de bande dessinée, j’aurais vu de la fumée noire au-dessus de leurs têtes. »

« Monsieur le directeur de l’école de Grandchamps,

Je voudrais être admis dans votre établissement, mais je sais que c’est impossible parce que mon dossier scolaire est trop mauvais.
J’ai vu sur la publicité de votre école que vous aviez des ateliers de mécanique, de menuiserie, des salles d’informatique, une serre et tout ça.
Je pense qu’il n’y a pas que les notes dans la vie. Je pense qu’il y a aussi la motivation.
Je voudrais venir à Grandchamps parce que c’est là que je serais le plus heureux, je pense.
Je ne suis pas très gros, je pèse 35 kilos d’espoir.
Au revoir,
Grégoire Dubosc »


« Je l’aimais »

« Je me suis assise et j’ai pris ma tête entre mes mains.
Je rêvais de pouvoir la dévisser, de la poser par terre devant moi et de shooter dedans pour l’envoyer valdinguer le plus loin possible.
Tellement loin qu’on ne la retrouverait plus jamais.
Mais je ne sais même pas shooter.
Je taperais à côté, c’est sûr. »

« Nous avons bu nos cafés en commentant le mauvais goût de la décoration et les moustaches du patron.
« Deux vieux amis tout couverts de cicatrices.
« Nous venions de soulever une grosse pierre et de la laisser tomber aussitôt.
« C’était trop affreux ce qui grouillait là-dessous. »

« Je vis si loin…si loin et si étrangement…je ne sais rien faire comme les autres. Je n’ai pas de maison, pas de meubles, pas de chat, pas de livre de cuisine et pas de projets. Je croyais que c’était moi la plus maligne, que j’avais compris la vie mieux que les autres, et je me congratulais parce que je n’étais pas tombée dans le piège. Et puis vous voilà, et je me sens complètement perdue.
« Maintenant j’aimerais bien m’arrêter de courir un peu parce que je trouve que la vie est belle avec vous. Je vous avais dit que j’essaierais de vivre sans vous…J’essaie, j’essaie, mais je ne suis pas très vaillante, je pense à vous tout le temps. Alors je vous le demande maintenant et pour la dernière fois peut-être, qu’avez-vous l’intention de faire de moi ? »

« Tu devrais réfléchir à ce que je viens de dire, ce n’est pas bête du tout. Les gens qui sont rigides à l’intérieur rebondissent sur la vie en se faisant tout le temps mal, alors que les gens qui sont mous…non, pas mous, mais souples plutôt, oui c’est ça, souples à l’intérieur, eh bien, quand ils prennent des chocs, ils souffrent moins. »

« En plus c’était très romantique… Je descendais de l’avion le cœur battant, je me présentais à l’hôtel en espérant que ma clé n’y serait plus, je posais mes bagages dans des chambres inconnues en furetant partout pour savoir si elle était déjà passée, je repartais travailler, je rentrais le soir en suppliant le ciel pour qu’elle soit dans mon lit. Quelquefois elle y était, quelquefois non. Elle me rejoignait au milieu de la nuit et nous nous perdions l’un dans l’autre sans avoir échangé une seule parole. »

« - Vous l’aimiez ?
- Oui
-Vous l’aimiez comment ?
- Je l’aimais
- Et vous gardez quel souvenir de ses années là ?
- Une vie en pointillé… Rien. Quelque chose. Puis rien de nouveau. Puis quelque chose. Puis rien encore… Du coup, c’est passé très vite… Quand j’y pense, j’ai l’impression que cette histoire n’a duré qu’une saison… Même pas une saison, un souffle. Une espèce de mirage… »

« La vie, même quand tu la nies, même quand tu la négliges, même quand tu refuses de l’admettre, est plus forte que toi. Plus forte que tout. Des gens sont revenus des camps et ont refait des enfants. Des hommes et des femmes qu’on a torturés, qui ont vu mourir leurs proches et brûler leur maison ont recommencé à courir après l’autobus, à commenter la météo et à marier leurs filles. C’est incroyable mais c’est comme ça. La Vie est plus forte que tout. Et puis qui sommes-nous pour nous accorder tant d’importance ? Nous nous agitons, nous parlons fort et alors ? Et pourquoi ? Et puis quoi, après ? »

« On biaise, on s’arrange, on a notre petite lâcheté dans les pattes comme un animal familier. On la caresse, on la dresse, on s’y attache. C’est la vie. Il y a les courageux et puis ceux qui s’accommodent. C’est tellement moins fatiguant de s’accomoder… »


L’échappée belle

« Ce jour-là, lola est tombée de son piédestal.
Ce qui s’avéra être une bonne chose : désormais nous étions à la même hauteur.
Aujourd’hui elle est ma meilleure amie et, si un jour je tue quelqu’un, elle m’aidera à enterrer les morceaux avant de me faire la morale.
Que cette jeune femme de trente-deux ans soit ma sœur aînée est tout à fait anecdotique. Disons que c’est un petit plus dans la mesure où nous n’avons pas perdu de temps à nous trouver. »

Jim Fergus

Mille femmes blanches

« Et nous revoilà en marche… Nos chevaux partent en trottant retrouver la plaine, où le Peuple suit le bison, lequel suit l’herbe verte qui, elle, naît de la Terre. »

« Ce soir la lune est cachée, le vent a repoussé les nuages et la voûte céleste brille au-dessus de moi.Je regarde, accroupie, les milliards d’étoiles et de planètes et, curieusement, ma propre insignifiance ne me fait plus peur comme autrefois. Elle me paraît au contraire rassurante, puisque j’ai maintenant le sentiment d’être également un élément, si minuscule soit-il, de l’univers complet et parfait… Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j’occupe sur cette terre est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie… »

Albert Jacquard


Tentatives de lucidité


« Notre recherche d’une meilleure lucidité, sur le monde qui nous entoure et sur nous-même, nous pousse à nous poser sans fin des questions et à adhérer à certaines des réponses que nous proposent d’autres humains ou notre propre imaginaire. Peu à peu, nous ajoutons quelques touches à cette œuvre jamais achevée qu’est la connaissance, cette image intérieure de la réalité. »

Jean Cocteau


Les parents terribles


« Aucune mère n'est la camarade de son fils. Le fils devine vite l’espion derrière le camarade et la femme jalouse derrière l’espion. »
(Acte I, scène 2)(1948)


Les enfants terribles

« Les privilèges de la beauté sont immenses. Elle agit même sur ceux qui ne la constatent pas. »

« Elle haïssait certaine gourmandise qui savoure des petites joies, un ronronnement, un pourlèchement. Cette nature toute de feu et de glace ne pouvait admettre le tiède. Comme dans l’épître à l’ange de Laodicée : Elle le vomissait par sa bouche. Bête de race elle était, bête de race elle voulait Paul, et cette petite fille qui roule en express pour la première fois, au lieu d’écouter le tam-tam des machines, dévore le visage de son frère, sous les cris de folle, la chevelure de folle, l’émouvante chevelure de cris flottant par instants sur le sommeil des voyageurs. »

« Ce plaisir était le vol. Gérard suivait, n’osant plus formuler ses craintes. Ces vols n’avaient que le vol pour mobile. Il ne s’y mêlait ni lucre, ni goût du fruit défendu. Il suffisait de mourir de peur. Les enfants sortaient des magasins où ils entraient avec l’oncle, les poches pleines d’objets sans valeur et qui ne pouvaient servir à rien. La règle interdisait la prise d’objets utiles. Un jour, Elisabeth et Paul voulurent forcer Gérard à reporter un livre parce qu’il était en langue française. Gérard obtint sa grâce sous condition qu’il volerait « une chose très difficile », décréta Elisabeth, « par exemple un arrosoir ».
Le malheureux, affublé par les enfants d’une vaste pèlerine, s’exécuta, la mort dans l’âme. Son attitude était si maladroite , et la bosse de l’arrosoir si drôle, que le quincaillier, rendu crédule par l’invraisemblance, les suivit longuement des yeux.-« Marche ! marche ! idiot ! soufflait Elisabeth, on nous regarde. » À l’angle des rues dangereuses, ils respiraient et prenaient les jambes à leur cou.
Gérard rêvait, la nuit, qu’un crabe lui pinçait l’épaule. C’était le quincaillier. Il appelait la police. On arrêtait Gérard. Son oncle le déshéritait, etc..
Les vols : anneaux de tringles, tournevis, commutateurs, étiquettes, espadrilles pointures 40, s’entassaient à l’hôtel, espèce de trésor de voyage, perles fausses des femmes qui circulent et laissent leurs vraies perles dans le coffre-fort. »

« Ces enfants terribles se bourrent de désordre, d’une macédoine poisseuse de sensations. »

Racine


Britannicus


« J’aimais jusqu’à ses pleurs que je faisais couler »
Réplique de Néron, II2

Vincent Gaudé

Le soleil des Scorta

« Ils contemplaient leur village natal avec une sorte d’appétit des yeux dans lesquels brillait l’appréhension. Cette peur intime, c’était la peur des émigrés à l’heure du retour. La vieille peur irrépressible que tout, en leur absence, ait été englouti. Que les rues ne soient plus telles qu’ils les avaient quittées. Que ceux qu’ils connaissaient aient disparu ou, pire, les accueillent avec une moue de dégoût et des yeux sales qui disent : « Tiens, vous voilà, vous ? ». »

« Les hommes sentent cela. Qu’il s’agisse d’un commerce, d’un champ ou d’une barque, il existe un lien obscur entre l’homme et son outil, fait de respect et de haine. On en prend soin. On l’entoure de mille attentions et on l’insulte dans ses nuits. Il vous use. Il vous casse en deux. Il vous vole vos dimanches et votre vie de famille, mais pour rien au monde on ne s’en séparerait. »

« Les femmes, souvent, lui caressaient alors la joue du bout du doigt. Pour le bénir et le recommander au ciel. Elles le faisaient avec délicatesse comme on le fait à un enfant, car elles sentaient bien que cet homme silencieux, ce passeur taciturne n’était rien d’autre qu’un enfant qui parle aux étoiles. »

« Je sais comment je finirai, don Salvatore. J’ai entrevu ce que seront mes dernières années. Je vais perdre la tête. Ne dites rien. Je vous l’ai expliqué, cela a déjà commencé. Je vais perdre mes esprits. Je confondrai les visages et les noms. Tout se brouillera. Je sais que ma mémoire blanchira et que je ne distinguerai bientôt plus rien. Je serai un petit corps sec sans souvenir.
(…)
J’oublierai ce qui m’entoure et je resterai en compagnie de mes frères en pensée. Les souvenirs s’effaceront. C’est bien. C’est une façon de disparaître qui me convient. J’oublierai ma propre vie. J’avancerai vers la mort sans crainte ni réticence. Il n’y aura plus rien sur quoi pleurer. Ce sera doux. L’oubli me soulagera de mes peines. (...) J’oublierai tout. Ce sera plus facile. Je serai comme une enfant. Oui. Cela me va. Je vais me diluer tout doucement. Je mourrai chaque jour un peu. J’abandonnerai Carmela Scorta sans même y penser. Le jour de ma mort, je ne me souviendrai même plus de ce que j’étais. Je ne serai pas triste de quitter les miens, ils me seront devenus étrangers. »

« Soudain, un frisson fondit sur le village. Les gens s’immobilisèrent dans les rues. Un grondement fit frémir les rues. Venu de nulle part. Il était là. Partout. On aurait dit un tramway courant sous le bitume. Les femmes pâlirent d’un coup en sentant le sol devenir mouvant sous leurs escarpins d’été. Quelque chose semblait courir dans les murs. Les verres tintaient dans les armoires. Les lampes tombaient sur les tables. Les murs ondulaient comme des parois de papier. Les Montepucciens eurent la sensation d’avoir construit leur village sur le dos d’un animal qui se réveillait et s’ébrouait après des siècles de sommeil. »

« La réplique fut si soudaine qu’elle renversa Elia face contre terre. Il fut plaqué contre le sol, en pleine rue. La terre grondait sous lui. Les pierres roulaient sous son ventre, sous ses jambes, sous les paumes de ses mains. La terre s’étirait, se contractait et il percevait chacun de ses spasmes. Le grondement résonnait dans ses os. »

« Il marchait d’un pas lent, plissant les yeux pour lire le nom des défunts gravé dans la pierre. Toutes les familles de Montepuccio étaient là. (...) De père en fils. Cousins et tantes. Tous. Des générations entières coexistant dans un parc de marbre.
« Je connais plus de gens ici qu’au village, se dit Elia. Les gamins, ce matin, avaient raison. Je suis un petit vieux. Les miens sont presque tous là. J’imagine que c’est à cela qu’on voit que les années vous ont rattrapé. ». »

« Les générations se succèdent, don Salvatore. Et quel sens cela a-t-il au bout du compte ? Est-ce qu’à la fin, nous arrivons à quelque chose ? Regardez ma famille. Les Scorta. Chacun s’est battu à sa manière. Et chacun, à sa manière, a réussi à se surpasser. Pour arriver à quoi ? À moi ? Suis-je vraiment meilleur que ne le furent mes oncles ? Non. Alors à quoi ont servi leurs efforts ? À rien. Don Salvatore. À rien. C’est à pleurer de se dire cela.
-Oui, répondit don Salvatore, les générations se succèdent. Il faut juste faire de son mieux, puis passer le relais et laisser sa place. »

« Maintenant, je pense à la vie et j’enrage d’avoir à la quitter. Je pense au Seigneur et l’idée de sa bonté ne suffit pas à apaiser ma peine. Je crois que j’ai trop aimé les hommes pour pouvoir me résoudre à les abandonner. »

Daniel Pennac


Messieurs les enfants


« -L’amour, mon amour, est une somme de petits actes qui racontent en silence une histoire précaire…
-Et si on s’offrait un petit acte, là, maintenant, pour corser l’addition ?
(ce fut ce petit acte, là, qui mit Igor en chantier) »

Marc Levy


Sept jours pour une éternité


« -Vous avez des plans, petit Lu et toi ?
-Nous nous connaissons depuis deux jours ! Et puis il s’appelle Lucas.
-C’est bien ce que je dis !
-Non, nous n’avons pas de plans !
-Eh bien, ça ne peut pas rester comme ça, on a toujours des plans quand on est deux. !
-Et tu sors ça d’où ?
-C’est comme ça, il y a des images de bonheur que l’on n’a pas le droit de retoucher, tu colories, mais tu dépasses pas le trait ! Alors un et un égalent deux, deux égale couple et couple égale projets, c’est ainsi et pas autrement ! »
(5e jour)

« -J’ai peur, Zofia…
-Moi aussi. Laisse-moi t’emmener dans mon monde, j’y guiderai chacun de tes pas, j’apprendrai tes réveils, j’inventerai tes nuits, je resterai près de toi. J’effacerai tous les destins tracés, recoudrai toutes tes blessures. Tes jours de colère, je lierai tes mains dans ton dos pour que tu ne te fasses pas mal, je collerai ma bouche à la tienne pour étouffer tes cris et rien ne sera plus jamais pareil, et si tu es seul, nous serons seuls à deux.. »
(5e jour)


La prochaine fois

« Crois-tu qu’on puisse s’aimer au point que la mort n’efface pas la mémoire ? Crois-tu qu’il soit possible qu’un sentiment nous survive et nous redonne vie ? Crois-tu que le temps puisse réunir sans fin ceux qui se sont aimés assez fort pour ne pas l’avoir perdu ? Est-ce que tu crois ça, Clara ? »

Bernard Werber


Les thanatonautes


« Le paradis est mon seul pays, ma seule patrie, l’unique objet de mon chauvinisme. Je suis d’ici. Il me semble avoir toujours connu cet endroit, avoir toujours su que de là je venais et que là je devais retourner. Sur terre, là-bas, si bas, je n’étais que de passage. En vacances. Je suis un ectoplasme, je n’ai jamais vraiment été Michael Pinson. Je ne suis qu’un pur ectoplasme. Jamais je n’ai été ce triste, ce stupide Michael Pinson.
Il est si bête, ce type, alors que mon vrai moi est si…léger. La légèreté, voilà la vertu cardinale. Mon ambition est de demeurer une vapeur pensante. »
Chap. 199

« J’assistais à l’accouchement. Que c’était beau ! Un baiser, une étreinte et neuf mois plus tard, tant d’amour se transformait en 3,2 kilos d’une tendre petite boule rose, assoiffée d’affection. Jamais je n’avais été aussi ému. Même la vision du continent des morts n’était rien, comparée à ce miracle si simple et des milliards de milliards de fois répétés : l’éclosion d’une vie. »

« Le monde n’est par lui même ni bon ni mauvais. La nature, Dieu, ou quelque principe que ce soit à qui nous attribuons la direction de notre existence, n’apportent ni récompense, ni châtiment. À nous de tirer leçon de nos expériences. Il n’est qu’une seule faute : l’ignorance.
Toute l’histoire de l’humanité est pleine d’abominations et d’atrocités. À nous encore d’en tirer les leçons. Un enseignement reçu dans la douleur est toujours plus efficace qu’une leçon apprise dans la joie. (…)
Le but d’une existence n’est pas la bonté. Le but d’une existence est la réalisation de soi-même. Le but d’une existence n’est pas d’être gentil, mais d’être sans cesse conscient. Le but d’une existence est d’abolir l’ignorance.
En Italie, durant les trente ans de règne des Borgia, le pays a connu la guerre, la terreur, le meurtre, l’empoisonnement et a produit Léonard de Vinci, Michel-Ange et tout le courant spirituel de la Renaissance. En Suisse, ils ont l’amour fraternel, cinq siècles de paix et de démocratie, et qu’est-ce qu’ils ont produit ? Des montres pour pouvoir mesurer précisément le temps de leur ennui sans fin.
Depuis la nuit des temps, le Bien lutte contre le Mal, le Beau contre le Laid, le Vrai contre le Faux, le Yang contre le Yin, et c’est de cette confrontation constante qu’ont toujours jailli le savoir et le progrès car les uns ne sont jamais allés sans les autres.
Or, avec la connaissance du Continent Ultime, avec cette tendance humaine de vouloir tout simplifier, les gens ont ramené le but de l’existence à une seule et unique exigence : la bonté ! Quelle erreur ! En vérité, je vous l’affirme, le Mal est indispensable à l’équilibre des choses ici-bas. »

L’empire des anges

« Allons jusqu’au bout de nos erreurs sinon nous ne saurons jamais pourquoi il ne fallait pas les commettre. »
Chap. 84

« Il est étonnant que dès qu’un pouvoir centralisé et hiérarchisé s’installe, quelle que soit son étiquette, il commence par persécuter les juifs. Nabuchodonosor, Ramsès II, Néron, Isabelle la Catholique, Saint Louis, les Tsars, Hitler, Staline… Intuitivement les chefs totalitaires savent que, là où il y a des juifs, il y a des individus difficiles à endoctriner car leur pensée est née il y a cinq mille ans et est basée non pas sur le culte d’un chef guerrier charismatique mais sur un livre d’histoires symboliques. »
Chap. 161

« L’amour pour arme, l’humour pour bouclier. »